Être une femme en Turquie

Istanbul et les femmes : abattre les clichés

Je suis souvent interloquée (et parfois amusée) des remarques de mon entourage lorsque je leur évoque mon expatriation à Istanbul. Si certaines remarques et interrogations sont vraiment fantaisistes du style « Tu dois porter le voile maintenant ? », d’autres sont peut-être plus justifiées du fait de leur méconnaissance de la Turquie : « C’est pas dangereux de rentrer seule le soir ? », « C’est pas provoquant de boire de l’alcool en robe dans un bar ? » et j’en passe …

Je n’avais jamais mis un pied en Turquie avant mon expatriation débutée il y a un an, et pour être tout à fait honnête, je me suis posée les mêmes questions lorsque je considérais vivre en Turquie. Le Moyen-Orient est une région très complexe et parcellisée : notre erreur réside peut-être dans le fait de rattacher l’image des femmes soumises de certaines régions du Moyen-Orient aux femmes turques pourtant connues pour leur émancipation et leur autonomie.

Un peu d’histoire pour comprendre :

Une fois la République de Turquie mise en place, Atatürk entreprend une série de réformes pour moderniser le pays. Ainsi, les femmes turques ont obtenu de nouveaux droits parfois bien avant nos concitoyennes européennes. En effet, les femmes en Turquie ont obtenu le droit de vote en 1934 soit 10 ans avant la France et 37 ans avant la Suisse. En 1926, l’égalité des sexes est proclamée, la polygamie est interdite et le mariage ainsi que le divorce sont reconnus.

Sabiha Gökçen, la première femme pilote de chasse au monde

Sabiha Gökçen, la première femme pilote de chasse au monde

Pour anecdote, Sabiha Göckçen, aéroport international d’Istanbul qui se situe sur la rive asiatique porte le nom de la première femme aviatrice turque mais aussi la première femme du monde à avoir piloté un avion de combat.

Ça remonte un peu tout ça, mais aujourd’hui concrètement, être une femme en Turquie ça signifie quoi ?

Tout d’abord, je dirais qu’il n’y a pas une Turquie mais des Turquie. Bien entendu, on rencontrera davantage de femmes émancipées à Istanbul que dans le sud-est de la Turquie. Si les pressions sociales et familiales envers ces femmes qui vivent dans des régions rurales de la Turquie restent fortes, ce n’est néanmoins pas un fatalisme. Ainsi, il est courant de rencontrer des familles où la mère porte le voile, où la fille ainée est une adepte des mini-jupes et piercings, où celle du milieu a fait le choix de se couvrir intégralement et où la cadette n’échangerait son jean skinny pour rien au monde.

De gauche à droite : Gülsüm Azari PDG de OMV, Serpil Timuray PDG de Vodafone Turquie et Pınar Abay PDF de ING Turquie

De gauche à droite : Gülsüm Azari PDG de OMV, Serpil Timuray PDG de Vodafone Turquie et Pınar Abay PDG de ING Turquie

En Turquie, les femmes ont donc le choix en ce qui concerne leur habillement et leur style de vie : à « l’occidental » ou à la mode islamique pour faire coïncider convictions religieuses et féminité. Certaines s’habillent sexy, d’autres optent pour le confort avant tout. Un peu ou beaucoup maquillées, les cheveux détachés, attachés ou sous un voile. Toutes ces femmes vivent et cohabitent ensemble à l’école, au travail, dans la rue et dans les cafés et nous offrent une intéressante mosaïque à laquelle nous sommes peu habitués en France.

Personnellement, lors de mon arrivée à Istanbul, j’ai été très frappée par l’élégance et la coquetterie des femmes turques autour de moi. Je les trouve très bien habillées et tendances, un maquillage adapté, confiantes et à l’aise avec leur style vestimentaire. Ici, je suis libre de continuer de m’habiller comme je le souhaite et en accord avec mon mode de vie occidental. Sous ces fortes chaleurs d’été, shorts et robes sont de rigueur et ce même pendant le ramadan sans que cela soit un problème. Cependant, couvrir ses cheveux, épaules et ses jambes est obligatoire lors de la visite de mosquées. Mais bon, ils ne vous viendraient pas à l’esprit de visiter une église, une synagogue ou un temple le nombril à l’air n’est-ce pas ?

Devant un bar à Istanbul

Devant un bar à Istanbul

Quant au soir, lorsque je décide de sortir avec mes amis, je choisis ma tenue en fonction de mes envies ! Notamment, je trouve que boites de nuit et bars turcs sont moins exigeants qu’en France à propos du dress-code requis. Bien sûr vous éviterez le jogging et les tongs pour fêter à Beyoğlu et il est préférable de s’apprêter un minimum si vous avez une soirée chic à Bebek, mais si vous souhaitez vous déhancher en jean basket ou bien en jupe et talons, et bien cela ne regarde que vous et votre garde-robe. Il est également tout à fait possible et classique de sortir uniquement entre filles, de danser non accompagnée, de fumer en terrasse ou dans la rue, de boire l’alcool qui vous plaît et dans la quantité qui vous plaît.

Alors oui, certains poseront peut-être les yeux sur vous mais cela ne signifie pas forcément que cette personne est « lourde » ou pervers ; lorsque vous vous remarquez un groupe d’étrangers ou de touristes dans votre pays, cela vous interpelle et vous ne pouvez-vous empêcher de montrer un peu de curiosité envers eux. Et bien ici c’est la même chose, d’autant plus que les Turcs sont habitués aux étrangers et aux nombreux étudiant(e)s Erasmus qui apprécient de se retrouver autour d’un verre. Et puis bon, des gars un peu « lourds », il y en a partout, même chez vous non ?

C’est bien beau de pouvoir s’habiller comment on veut, mais est-on vraiment en sécurité ?

Bien sûr, le sentiment de sécurité est un brin subjectif et dépend fortement du quartier dans lequel vous vous trouvez (vous risquez de ne pas être à l’aise à Fatih mais comme à la maison à Kadiköy par exemple) mais globalement, je me sens plus en sécurité et moins harcelée à Istanbul qu’en France. Le harcèlement sexuel est un fait qui concerne toutes les femmes, mais à Istanbul, je n’ai jamais eu affaire à une personne qui m’a interpellée dans la rue pour me parler, me complimenter ou pour m’injurier contrairement à Paris où ce type d’accrochage est (trop) fréquent. Il en est de même pour les mains baladeuses dans le métro même lorsqu’il est plein à craquer lors des heures de pointe ce qui pourrait pourtant offrir de nombreuses occasions à ces personnes peu scrupuleuses.

Policières et gendarme turques

Policières et gendarme turques

Les Turcs ne peuvent pas savoir au premier coup d’œil que je suis une expatriée (je veux dire par là que je n’ai pas les yeux bridés ou que je ne suis pas blonde aux yeux bleus), mais mes nombreuses autres amies expatriées que l’on pourrait éventuellement rattacher à une « nationalité spécifique », et qui seraient donc plus vulnérables à ce type d’ennui, partagent mon même point de vue et ressentis. Le nombre de fois où j’ai pu discuter avec des européennes en vacances à Istanbul et qui étaient « agréablement surprises » par la modernité de la ville et le sentiment de sécurité qui y règne.

Enfin, il n’est pas étrange que les Turcs entament facilement la conversation avec vous. Ne soyez pas surprise ou effrayée : en Turquie il est simplement plus habituel de communiquer avec des étrangers que dans certains pays européens où les relations interpersonnelles sont plus froides et distantes. C’est ici simplement un des aspects de la culture méditerranéenne. Et si par malchance, vous tombez sur cette fameuse personne un peu « lourde » et qu’elle se révèle être trop indiscrète, faites-lui en part et passez votre chemin sans culpabilité.

Même stade différents styles, les supportrices de Fenerbahce

Même stade, différents styles, les supportrices de Fenerbahce

Bref il est tout à fait possible de vivre sereinement son expérience en Turquie en tant que fille/femme que ce soit dans la rue, au restaurant ou encore à la plage. Quel que soit votre mode de vie, il sera de toute façon partagé par des centaines de milliers de personnes là-bas du fait de l’immensité et de la diversité de ce pays.

A toutes les voyageuses qui souhaitent découvrir la beauté d’Istanbul, j’espère avoir répondu à vos interrogations. Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à nous faire part de vos questions, de vos inquiétudes et de votre expérience en laissant un commentaire.

Un article par Manon, lilloise, étudiante.

Manon : débarquée un peu au hasard à Istanbul, cette ville a été une immense surprise et un gros coup de cœur à mon arrivé. J’ai cumulé un an d’expérience à Istanbul, ce qui me motive à revenir tout le temps : partir à chaque occasion à la redécouverte d’une ville en perpétuelle transformation, les khavaltis et les îles des princes.

Je suis amoureuse et passionnée de cette ville et prends un immense plaisir à faire découvrir la culture turque à mon entourage.

Contente et enthousiaste de rejoindre l’aventure TooIstanbul!

2 commentaires

Partager

Laissez votre commentaire

2 commentaires

  1. Merci Manon pour cet article très bien écrit. C’est une excellente idée de donner toutes ces précisions, historiques et actuelles. J’admire cette tolérance, dans les rues (je reviens d’Istanbul) et au sein de la famille. Si seulement c’était plus courant dans le monde…

  2. Comme je partage ton point de vue Manon!!! Je suis également tombée amoureuse de cette ville que je découvre à chaque fois lorsque j’y retourne. Istanbul est belle et magique. Mais au delà de cela, c’est cette diversité, la gentillesse et l’ouverture des stambouliotes qui m’attirent. Et comme toi, je confirme que je me sens bien plus en sécurité à Istanbul qu’en France!!!